La langue, une impression de déjà vu !

12 avril 2010

Dans La Presse de samedi du 10 avril 2010,  côte à côte, un éditorial d’André Pratte et la réflexion d’un dénommé Travis Bickle m’ont ramené aux années 70. Comme si, depuis, rien ne s’était passé. Les mêmes trucages. Le même mépris. Et  les mêmes acteurs.

Les mêmes trucages. Ai-je été distrait? Je ne crois pas avoir vu un reportage dans La Presse synthétisant, avec les chiffres,  l’étude du député Pierre Curzi. Mais j’y ai lu au moins trois commentateurs la discréditant: Michèle Ouimet, Alain Dubuc et André Pratte. Ce dernier propose 1941 comme période de référence!  Entre 1941 et 2006,  “pas de changement significatif”. Ainsi donc nous en serions toujours  à 1941.  Pourquoi 1941? Vraisemblablement pour noyer l’impact de la loi 101  qui pendant quelques années a fait progresser le français comme langue d’attraction mais qui, érodée à 200 reprises par les décisions de la Cour suprême du Canada, n’arrive plus à exercer le même attrait, particulièrement depuis  depuis 2001. C’est ce que démontre l’étude de Pierre Curzi.

 

Le même mépris. Alain Dubuc parle des “névrosés” de la langue. Michèle Ouimet, de “fond de commerce”. Le comble vient du dénommé Travis Bickel dont le responsable des pages Forum de La Presse, André Pratte, publie la contribution. Une pièce d’anthologie, reprenant un à un les arguments que les suprémacistes anglo-saxons de l’age d’or du colonialisme “canadian” sur le Québec ont servis continuellement jusqu’au milieu des années 70.

En effet, pour eux, si au Québec l’anglais était  la langue des affaires, de l’administration, du commerce, des rapports sociaux et des rapports politiques et s’ils n’avaient pas au cours de ces siècles appris un traitre mot de français  ce n’étaient surtout pas parce qu’ils étaient les vainqueurs, les exploiteurs et les dominants, mais bien  parce que les “frenchies”  parlaient, comme le dit Bickle, un “français… de qualité inacceptable…une langue régionale, locale même”. Qu’à l’époque ils nommaient  “french patois”. Il aurait suffi que nous parlions le français de France et, tous, ils s’y seraient mis! C’est certain! Donc, c’était notre faute!

Les mêmes acteurs. Power Corporation, aujoud’hui Gesca, tient encore le rôle d’opposant. Contre le projet de loi 101 il était aux avant-postes. Avec le Conseil du patronat, le monde des affaires et l’élite anglophone, il a livré une bataille titanesque qui n’a pas eu raison de l’entêtement d’un psychiatre, appelé Camille Laurin, qui, s’appuyant sur le mouvement social, ne s’est pas laissé intimider.

Et, à nouveau aujourd’hui,  le mouvement social est au rendez-vous. En effet, hier, dimanche, le Monument national n’était pas assez grand pour accueillir tous ceux et toutes celles qui voulaient participer au Grand Rassemblement convoqué  par une coalition de 25 organisations. Le 22 octobre 2009 la Cour suprème du Canada sévissait  encore une fois. Elle a invalidé la loi  104 adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec pour interdire l’achat du droit constitutionnel de faire éduquer ses enfants  dans le réseau public anglais en payant  un séjour dans une école privée non subventionnée, dites “école passerelle”.

Mêmes acteurs? Mais quand est-ce que nous verrons un autre film? 


Les résistants. Si le chapeau qu’ils ont cru voir leur fait, qu’ils se le mettent!

24 mars 2010

Des cris de putois! Il fallait  entendre ces ministres conservateurs Cannon et Paradis se dire visés par les propos de Gilles Duceppe qui, samedi dernier, rappelant la mémoire du très grand écrivain Pierre Vadeboncoeur, décédé récemment, reprenait de son dernier écrit une citation qui identifiait  le parcours historique du peuple québécois à de la résistance. Ces Canadiens français de service, en ténors fédéralistes,  se sont devinés dans la peau des collabos! La belle affaire! Peut-être se sentent-ils  coupables? Si le chapeau qu’ils ont cru  voir leur fait, qu’ils se le mettent!

Oui, le peuple québécois est résistant. Toute son histoire en témoigne. Lisons Vadeboncoeur dans son dernier écrit, Résistance et refus, paru dans la revue L’Action nationale, vol. C, no.2,  de février 2010.

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Les Québécois tendent depuis longtemps à s’évader du modèle politique qui prévalait en Grande-Bretagne… Sur un siècle, nous avons manifesté de manière soutenue une tendance à nous écarter de la normalité constitutionnelle… Voici quelques jalons. Ils forment un chapelet de paradoxes, du point de vue du ROC. Henri Bourassa contre Laurier, en 1910. L’Action libérale nationale, dans les années trente, contre le libéral Taschereau et les partis traditionnels. Le Bloc populaire, dans les années quarante, contre le gouvernement libéral de Mackenzie King et contre la conscription. Le séparatisme de Chaput et de Barbeau, suivi de tout le mouvement indépendantiste, qui dure depuis. En 1968, René Lévesque et le mouvement souveraineté-association. Le Parti québécois, porté au pouvoir le 15 novembre 1976. Enfin le Bloc, au fédéral, par la suite.

C’est une constante historique. Il faut en faire ressortir la logique, qui est celle de la résistance… Tel est le sens d’une histoire qui au fond ne cesse de tendre vers l’indépendance, consciemment ou non et qui, en tout cas, se caractérise par le refus. 

Plus loin  Pierre Vadeboncoeur ajoute

Qu’est ce que je viens de montrer? Un pan d’histoire, la nôtre. À travers les obstacles, une persistance, une logique profonde, une mémoire qui n’oublie pas, une volonté trop patiente, appuyée sur une conscience diffuse mais tenace.

Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

C’est un appel à terminer le boulot, à faire l’histoire, dit-il.

Car notre défaite définitive historique est une possibilité, elle peut finir par arriver un jour.

Avec la complicité de ces

fédéralistes francophones (qui) ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont les instruments d’un génocide tranquille. La politique fédéraliste conduit à ce résultat. Système feutré, très anglais par sa prudence.

Le constat est implacable. De 90% au début du 18ième, nous étions 60% au début du 19ième, 35% au début du 20ième  et seulement 22% au début du 21ième. La disparition du français fait partie de l’ADN du Canada. Mais avant, il y aura sa folklorisation comme à l’ouverture des jeux olympiques, puis sa louisianisation et enfin ses empreintes patrimoniales notamment dans la toponymie, comme Détroit, Des Moines, Terre Haute, etc. aux États-Unis. En douce, sans heurt, tranquillement, passivement, avec accommodements, le français s’effacera. À moins que…

Oui le peuple québécois est résistant. Mais pour survivre, vivre et rayonner, ce trait n’est pas une garantie.  Il lui faut aussi se faire combattant. Ce qu’il est, mais pas suffisamment.  Et sur sa route, il rencontre des siens qui s’objectent, démocratiquement. C’est leur choix. C’est leur droit. Le moins qu’on puisse leur demander, c’est d’assumer!

De l’importance des symboles

2 mars 2010

Les jeux sont finis. La marée rouge aussi. Un étalage orgiaque qui a surpris même les Européens. Eux qui croyaient les Canadiens plus sobres à ce chapitre. C’était oublier que ce type d’évènement repose essentiellement sur le culte des nations et qu’en plus le Canada est en quête de nation. Déjà les nations bien établies qui organisent les jeux en font beaucoup. Il n’y a pas de surprise à constater qu’une nation qui essaie de se construire (canadian nation building) en fas

se énormément. Sans arrêt, pendant quinze jours.

Un coup d’œil sur les télévisions étrangères nous apprend que la couverture des jeux ne se fait qu’à l’aulne du succès des athlètes de chacun des pays. Les États-Unis parlent des athlètes états-uniens. La France, des athlètes français. La Norvège, des athlètes norvégiens. Etc. Et à chaque fois est hissé le drapeau, chanté l’hymne national et sont exhibées les couleurs du pays au tableau des médailles. Un sentiment de fierté couvre le visage des champions et amplifie la voix des commentateurs. Les spectateurs du pays concerné, gonflés à bloc,  communient littéralement à l’évènement. Les symboles ne sont pas « symboliques ». Ils agissent. Ils ont pour objectifs de faire les individus se rassembler, de leur permettre de se nommer collectivement et  de proposer leur collectif à la reconnaissance de  tous les autres collectifs. Ces symboles ont pour mission de faire nation.

Inversement, l’absence de ces symboles vise à empêcher les individus de se rassembler  dans un collectif autre, de se nommer  et d’être reconnus comme collectif distinct. L’interdiction de ces symboles vise à défaire nation. C’est ce qui explique la féroce objection du Canada à permettre aux médaillés québécois d’arborer le drapeau québécois lors de leurs performances. C’est ce qui explique aussi l’acharnement qu’il a mis à bannir le drapeau du Québec  des fêtes du 400ième et de lui substituer sa couleur bleue par celle orangée de Canadian Tire.

Les symboles sont importants. Et lorsque le Québec sera indépendant, comme toutes les nations, il les mettra en évidence. Sans tomber, nous en sommes convaincus, dans  l’intoxication et la propagande puisque déjà Québec, lui,  forme nation. 

Le français aux jeux olympiques. Canada fumiste.

15 février 2010

Le Canada, pays bilingue! Fumisterie. Depuis toujours d’ailleurs. À cinq reprises, dans l’histoire de ce pays, le français fut  banni. Faute d’avoir réussi à le faire disparaître, ils le portent maintenant dans les grandes occasions comme un coquelicot, sobrement. Dans  sa longue allocution d’ouverture, monsieur John Furlong, président du comité organisateur des jeux olympiques de Vancouver,  a prononcé onze mots en  français. Je les ai comptés. Dans leurs très officielles interventions,  Jacques Rogue, président du comité  international et Michaëlle Jean, représentante de la reine, en ont dit autant en français qu’en anglais. Et un artiste, Garou, a livré une prestation en français. Total : dans une célébration qui a couru sur près de quatre heures il n’y a pas eu cinq minutes de français.

Faut-il se surprendre? Pas du tout. En dehors du Québec,  le français se parle dans 2.4% des foyers. Sur bien des territoires on parle plus chinois, ukrainien, allemand et espagnol que français. La langue d’usage, de citoyenneté et d’identité est l’anglais.  Pour ces populations, le français est un héritage historique.  Ils lui font un clin d’œil comme ils en font aux langues autochtones. C’est du folklore. Comme l’a bien traduit la cérémonie d’ouverture.

Faut-il s’insurger? Totalement. Contre les fallacieux qui perpétuent le mythe du Canada bilingue. C’est le Québec qui concrètement est bilingue (quatre fois plus que le Canada) et même trilingue (neuf fois plus que le Canada). De plus les autochtones vivant sur le territoire du Québec ont mieux conservé leurs langues et la promeuvent que ceux habitant le Canada. La riche  diversité linguistique a un nom et c’est Québec. Pas Canada.

Alors pourquoi se déclarent-ils faussement bilingues? Pour tenter de garder encore longtemps le Québec dans leur giron. À tout le moins aussi longtemps qu’il ne s’apercevra pas qu’il est toujours plus minorisé et qu’à terme il deviendra lui aussi un héritage folklorique.

 

Canadiens de Montréal. Et en plus c’était illégal!

1 février 2010

Secrétaire d’école, elle avait quelques convictions politiques souverainistes. Au début elle en recevait quelques fois par année. Puis plus souvent. Et après le référendum de 95, les commandites sévissant, c’était plusieurs fois par mois. Et ça venait de tous les horizons : des ministères, des organismes gouvernementaux  et même de la reine d’Angleterre pour son 50ième  anniversaire de règne. Elle a collectionné pour elle un exemplaire de chaque affiche, cahier, cassette VHS, CD, etc. etc.  Total : 21 pieds d’étagères de propagande fédéraliste destinée directement aux enfants.

Une quinzaine de pédagogues, aussi avec des convictions souverainistes, décidèrent bénévolement de produire un guide  à l’intention des enseignants qui souhaiteraient diversifier le point de vue fédéraliste. Guide qu’ils pourraient s’acheter en librairie au coût de 10$.  Un guide pédagogique nuancé qui présentait aussi  l’option  de la souveraineté. Titre : « Parlons de souveraineté à l’école ». Tollé libéral. Tollé médiatique. Un crime de lèse-école. Personne n’a voulu parler de la pénétration systématique de la propagande fédéraliste dans les écoles du Québec.

Février 2009, on apprend que le Canadiens de Montréal expédiera directement aux enfants de la troisième à la sixième année des dizaines de plaquettes, fascicules et autres matériels pédagogiques. Qu’il le fera même avec la bénédiction de la ministre de l’éducation du Québec. Plus encore. Non seulement avec sa  bénédiction mais aussi avec son pognon (le nôtre)  à la hauteur d’un quart de million (253,000$ plus précisément). Et le comble! C’est une équipe de Toronto qui sera chargée de la production. Y a-t-il eu tollé libéral? Tollé médiatique?

Samedi dernier, l’excellente équipe du Journal de Montréal en lock out, Rue Frontenac, qui ne cesse de nous donner  des exclusivités, nous apprenait  que la production torontoise du Canadiens de Montréal destinée aux enfants québécois, qui soit dit en passant est écrite dans un français laborieux,  contrevenait aux dispositions de l’Office de la protection du consommateur relativement à la publicité destinée aux enfants. Il faut rappeler que seul le Québec dispose, depuis plus de 30 ans, d’une semblable protection des enfants en matière de publicité. Toronto ne savait pas!

Le Canadiens de Montréal appartient au peuple québécois. Sa direction? Pas sûr! Plutôt colonisée. Comme la ministre peut-être?

Conférence internationale sur Haïti. Québec? Drapeau en berne et État en burqa.

25 janvier 2010

Québec/Haïti, tricotés serrés. Depuis longtemps. Plus précisément depuis 1943, quand  arrivés directement à Ottawa, le président d’Haïti, Élie Lescot, et sa délégation s’étaient vu refuser d’être reçus et accueillis par le  gouverneur général  et le premier ministre du Canada.    C’est Adélard Godbout, premier ministre du Québec,  qui répara l’affront en les recevant au parlement de Québec.  S’en est suivie une multitude d’invitations  qui firent se rencontrer  des écrivains et des artistes et travailler ensemble  des ingénieurs, des professionnels et  des mandarins. La suite allait faire du Québec et d’Haïti des frères!

Dès  le début des années soixante,  ils sont nombreux à faire la Révolution tranquille  et à bâtir avec nous l’État moderne du Québec.  Depuis ils ont pénétré tous les secteurs d’activités. Ils sont nos conjoints, nos femmes, nos enfants, nos collègues, nos amis, nos voisins. Ils sont d’ici.  90% d’entre eux choisissent  le Québec.

Un grand malheur frappe-t-il leur pays d’origine, c’est  tout le Québec qui est touché et qui vibre de compassion. Le nombre de spectacles-bénéfices et les sommes recueillies en témoignent éloquemment. Pour surmonter ce même malheur et reconstruire le pays, c’est encore le Québec principalement qui est  et  sera  mis à contribution, celui d’origine haïtienne comme celui des autres origines, dans ses champs de compétences  et de responsabilités : santé,  services sociaux, éducation, immigration,  sécurité, infrastructures, etc.  Et c’est normal. Haïti c’est aussi nous.

Le Québec serait souverain qu’il serait,  dans le cadre de la conférence internationale qui s’ouvre ce matin à Montréal,  l’artisan de la mobilisation   de toutes les disponibilités et des volontés internationales de participer à la relance d’Haïti. Il le serait avec  l’extraordinaire expertise que ses concitoyens d’origine haïtienne ont développée  ici. Il le serait avec toutes les sensibilités que  70 ans de compagnonnage lui ont permis de développer. Il n’en sera pas l’artisan. Il n’est même pas invité à cette conférence. Il y serait qu’il devrait se contenter,  comme à Copenhague, d’y jouer les  ONG! Volonté du Canada.

Le Canada est souverain. C’est en vertu de ce statut qu’il a convoqué   cette  conférence internationale.  Il la présidera. Mais surtout,  et encore une fois,  l’expertise québécoise lui servira de marche pied  pour hisser très haut  son drapeau. Alors qu’au  Québec, par  la volonté du premier ministre Charest qui a refusé de livrer tout combat pour que Québec y soit,  le drapeau sera en berne et l’État en burqa. Inexistant politiquement et étatiquement.

Loi 104 et l’ADN du Canada

27 octobre 2009

La disparition sociopolitique du  français en terre d’Amérique fait partie de l’ADN du Canada

 

 

 

Il n’y aura pas d’appel. Le plus haut tribunal du Canada s’est prononcé. C’est  clair et béton. Depuis la constitution de 1982,   Québec n’a plus la priorité législative  pour garantir la pérennité du français sur son territoire. C’est la loi du Canada qui s’applique. Et celle-ci contredit celle du Québec. L’annule même.

Autant l’unanimité politique  s’était exprimée à l’Assemblée nationale dans l’adoption d’une loi éliminant un privilège de riches, autant l’unanimité juridique s’est exprimée à la cour suprême du Canada pour élever ce privilège au rang d’un droit constitutionnel. Il y a ici deux pays. Un, démocratique, dont les élus portent  les intérêts supérieurs de leur peuple. Un, élitiste, dont les juges,  nommés par un premier ministre,  ont le mandat  d’en façonner un autre (nation building). Deux pays, deux philosophies politiques, deux cultures, deux peuples.

Il y a eu 1755, la déportation des Acadiens. Puis 1759, la conquête militaire anglaise. Puis 1840, l’acte d’Union de force du Bas et du Haut Canada. Puis 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique noyant le Québec dans  quatre puis  treize législatures. Puis 1982, nouvelle constitution canadienne,  jamais signée par le Québec,  réduisant les   pouvoirs  de la seule Assemblée nationale contrôlée un  peuple français d’Amérique du Nord.

Depuis ses origines lointaines le Canada est fidèle. Ce qu’il n’a pas totalement réussi avec les armes, il a tenté de le compléter avec le pouvoir colonial. Ce qu’il n’a pas totalement réussi avec le pouvoir colonial, il a tenté de le compléter avec une structure fédérale. Ce qu’il n’a pas totalement réussi avec la structure fédérale il  tente aujourd’hui de le compléter avec le pouvoir juridique. Après l’éradication, l’assimilation puis la marginalisation, aujourd’hui la folklorisation. Les types de pouvoirs n’interfèrent pas. La disparition sociopolitique du  français en terre d’Amérique fait partie de l’ADN du Canada. C’est son acte fondateur, son fils conducteur et aujourd’hui son mur de Berlin. Terminus.

La liberté ne s’est jamais laissé emprisonner. Le chemin peut être long et les obstacles le tracer. C’est le sens de la  dernière décision de la cour suprême du Canada qui indique, noir sur blanc, que la tutelle canadienne est un éteignoir et sa voie  un cul-de-sac. Alors par où passer? Par là même où la cour suprême a dressé l’obstacle ultime; la langue. Il faut tout reprendre mais dans un tout autre cadre, celui de la mise en place des fondamentaux de  l’indépendance du Québec.

Qu’est-ce à dire?  Reprendre l’offensive linguistique dans le cadre de la mise en place d’une constitution québécoise dans laquelle la charte de la langue française révisée aura un statut constitutionnel tout comme la charte des droits de la personne; de la révision de la loi 101 refaisant du français la seule langue de l’administration publique;  de la création de la citoyenneté québécoise dont la connaissance du français pour les nouveaux arrivants sera une condition  nécessaire;  d’une stratégie large de francisation des milieux de travail des petites et moyennes entreprises pour que l’apprentissage par les immigrants d’une troisième langue, l’anglais, ne devienne une discrimination; de l’extension aux réseaux privés et au CEGEP de l’application de la loi 101;  d’une cour suprême du Québec adjugeant  les litiges  afférents à l’application de ces nouveaux dispositifs juridiques.

Cette offensive est d’abord et avant tout un message clair au Canada et au monde que le Québec ne se laissera pas faire. Au contraire, devant l’avenir  que lui réserve le Canada, il entend s’affirmer, voler de ses propres ailes et être au monde une composante originale   de la riche diversité langagière et culturelle de la planète. Et qu’il le fera politiquement en s’assumant ultimement comme nation dotée d’un État moderne complet. S’il est un bon côté à la décision de la cour suprême du Canada c’est celui d’avoir donné au Québec  l’heure juste, une dernière fois.

Pierre Falardeau, héraut intarissable !

28 septembre 2009

Par Gérald Larose, président

Trop tôt ! Il avait tant à dire. Il racontait le pays à venir avec une force et une passion qui ne laissaient personne indifférent. Surtout pas celles et ceux qui ne partageaient pas le projet qu’il avait fait sien de faire du Québec un pays français en Amérique du Nord.

Homme de culture et érudit d’histoire des peuples et de ses libérateurs, Pierre Falardeau n’avait pas son pareil pour traduire ici et aujourd’hui les grandeurs et les bassesses qui accompagnent tout processus de libération nationale. Les élites écopaient. Les masses aussi. Avec des sentiments tout différents. Pamphlétaire unique, sa voix totalement libre nous manquera. Généreux à souhait, particulièrement avec les jeunes, la fin de son engagement laissera un grand vide.

Pierre Falardeau nous a quittés. Le projet reste. Toujours aussi beau, emballant, structurant. Merci à Pierre Falardeau d’avoir nourri notre espérance et de nous avoir constamment rappelé qu’il nous appartenait de lui donner des mains. En cela, il aura été un héraut intarissable que son œuvre nous permettra d’entendre encore longtemps.

Adieu. Merci.

Un moulin à paroles d’or

15 septembre 2009

Par Gérald Larose, président

Dans nos têtes, en boucle, tournent encore les mots, les phrases, les intonations, les évocations, les cris, les paroles de deux siècles et demi de résistants courbant sous l’adversité, se redressant dans le courage et s’obstinant à avancer dans la solidarité. En premier lieu, ce moulin à paroles a broyé celle des politicailleux de bas niveau et des échotières en mal de démarcation qui se sont échinés à vouloir discréditer cet extraordinaire exercice populaire de mémoire. Le moulin à paroles les a tous et toutes confondus, sans exception. Ils ont tenté de le faire s’emballer pour qu’il s’écroule. Les meuniers ont maintenu le rythme pour qu’il fasse son travail. La production fut gargantuesque et d’une très grande qualité et les moissonneurs impressionnés par le résultat.

Le moulin à paroles nous a réconciliés avec la vie faite de grandeurs et de bassesses des élites et des masses. Aussi il nous a confirmés dans nos convictions, renforcés dans nos engagements et soudés à jamais à ceux et à celles qui au cours de ces 250 ans ont été du côté de la liberté, de la détermination et de la solidarité.

Autant le 400ième de Québec (conçu pour distraire du 400ième du Québec) avait été vidé de sa substance historique autant le moulin à paroles l’a restaurée dans sa diversité et sa richesse. Dans un décor dépouillé et naturel. Dans une gestuelle sobre et intense. Pendant 24 heures, nous avons été surpris par des découvertes, envahis par le beau et comblés par la certitude qu’à tous les niveaux ce peuple remonte les Plaines d’Abraham.

Il est en marche et le jour s’approche où il y hissera son propre drapeau.

Un gouvernement de minables.

9 septembre 2009

Un gouvernement de minables.

Par Gérald Larose, président

 

Un gouvernement de minables! Il n’existe  point d’expression plus juste pour qualifier la décision de l’actuel gouvernement  du seul État français des Amériques. Il est  en dessous de tout. Inculte en étant incapable d’une lecture artistique du parcours résistant  de son propre peuple? Révisionniste en travestissant le sens des paroles qui ont marqué de façon plurielle  le cours  de l’histoire? Censeur en voulant en taire certaines? Tout cela peut-être. Mais d’abord et avant tout  ce gouvernement fait férocement partie du camp de celles et de ceux qui, au cours de ces 250 ans, jusqu’à l’ère moderne,  ont travaillé   pour  que le peuple québécois occulte son histoire et se divise sur le sens de son avenir.

En 2008 il avait réussi à travestir la naissance de son  peuple en celle  d’une municipalité.  Il finança des fêtes du 400ième  en renonçant au  drapeau et aux symboles  de la nation québécoise et  même à sa couleur bleue.  Il mit  beaucoup de ressources  pour divertir et écarta  la presque totalité  des  initiatives citoyennes visant l’appropriation de l’expérience historique de la résistance du peuple québécois. Fort de cette lancée il croyait peut-être   que le 250ième de la défaite de ce même peuple pourrait être  recyclé en une célébration de reconnaissance envers les victorieux! Avec bals, poignées de mains et reconstitution festive du carnage de l’époque. L’ensemble du Québec s’est objecté. À nouveau des citoyens prirent l’initiative de proposer des activités permettant l’appropriation du chemin parcouru et donnant sens à l’avenir de cette aventure unique. Ils sollicitèrent du gouvernement du Québec une modeste contribution  de 20,000$, Rien à voir avec les dizaines de millions  mis à la disposition des divers amuseurs publics.  La réponse prit la forme d’un immense mépris non seulement envers  les auteurs traités de terroristes mais également envers tous ceux et toutes celles qui s’identifiant à cette expérience se voient  traités de complices.

C’est ce même gouvernement qui donna sans sourciller 250,000$ (un quart de million) au riche Club des Canadiens de Montréal pour qu’il produise  à Toronto dans un français approximatif un livret de fidélisation des tout jeunes enfants qu’il expédia  dans chacune des  écoles du Québec. Divertissement, oui. Histoire, non.  Pas même dans les livres qui doivent la raconter. Les dates qui fâchent y ont été édulcorées.

Saluons les artistes, les organisations de la société civile et les citoyennes et les citoyens engagés qui, à titre purement gracieux et en dépit de l’hostilité ouverte d’un gouvernement sensé les représenter aussi, nous procureront en ce 250ième des activités dignes d’un peuple debout en marche vers son accomplissement,