
Les Québécoises
et les Québécois forment incontestablement
un peuple, une nation. Leur histoire, leur langue, leur
culture, le territoire qu'ils occupent, les institutions
qu'ils ont créées au fil des ans, les
relations qu'ils ont établies avec le monde,
toute cette réalité le proclame hautement.
C'est sur cette même réalité déjà
fort ancienne et très largement reconnue que
reposent les fondements du projet de souveraineté
du peuple québécois. Cette souveraineté,
c'est une question de cœur certes, mais c'est incontestablement
aussi une question de raison et de maturité.
Quoi de plus légitime en effet que cette aspiration
universelle des peuples à gérer leurs
affaires avec la plus large autonomie possible?
"Non seulement
nos pas doivent-ils un jour conduire au but,
chaque pas doit être lui-même un but
en même temps qu'il nous porte en avant "
(Goethe)
Depuis la révolution tranquille, les meilleures
énergies des Québécois et des Québécoises
ont été investies et canalisées
vers l'édification d'une nation moderne démocratique
et porteuse d'une identité bien spécifique
en Amérique. Les institutions nationales qu'ils
se sont ingéniés à mettre en place
au fil des ans, les politiques économiques et
sociales qu'ils ont collectivement mises en œuvre
et qui font l'envie de plusieurs ont en même temps
procuré à notre peuple une formidable
avancée sur la voie d'une plus grande autonomie
et d'une prise en main de sa propre destinée.
Cet effort de construction collective, plusieurs en
conviendront, est en filiation directe avec la volonté
d'autonomie et de souveraineté qui a inspiré
et dynamisé le peuple québécois
depuis plus de quatre décennies.
Possédant désormais les attributs et
les atouts nécessaires à l'émergence
d'un véritable pays, le Québec doit franchir
la dernière étape qui lui permettra de
retirer tous les avantages inhérents à
un tel statut. Aucune offensive politique, qu'elle soit
d'ordre médiatique, juridique ou autre, fabriquée
spécifiquement pour freiner cette avancée,
aucun revers circonstanciel n'aura raison à long
terme de ce mouvement de fond qui a naturellement pris
naissance et s'est graduellement consolidé au
coeur des fils et des filles du Québec. Les aspirations
et les besoins fondamentaux du peuple québécois
se retrouvent chez tous les peuples de ce monde :l'autonomie
politique et la souveraineté représentent
des incontournables pour affirmer leur identité
nationale, maîtriser pleinement leur développement
économique et social, ainsi que pour assurer
l'égalité et la liberté dans leurs
rapports avec les autres nations.
Un discours politique réducteur qui milite en
faveur du maintien inconditionnel du Québec comme
province s'évertue actuellement à faire
croire qu'un statut d'État souverain est chose
dépassée et que le temps est maintenant
venu pour le Québec de "sortir des ornières
constitutionnelles et de passer à autre chose".
Cette argumentation ne résiste pas à une
analyse sommaire. Aspirer à se gérer soi-même
est tout sauf une mode ou l'obsession idéologique
d'une génération. C'est une question de
maturité et de fierté, une idée
qui relève du droit et du besoin fondamental
d'administrer ses propres affaires. Ce grand forum mondial
qu'est l'ONU n'accueille-t-il pas un nombre grandissant
de nouveaux membres, des nations qui ont décidé
de faire entendre leur propre voix ? Malgré toutes
les nouvelles structures continentales mises sur pied
au cours des dernières décennies, peut-on
identifier une seule nation un seul pays qui ait accepté
d'abdiquer son statut d'État souverain?

Un vaste et riche territoire
Sur plus de 200 pays reconnus, 18 seulement disposent
d'un territoire plus grand que celui du Québec,
lequel couvre une superficie de plus de 1,6 million
de km2. À titre comparatif, le Québec
est cinq fois plus étendu que le Japon et trois
fois plus que la France. Ses richesses hydriques, forestières
et minérales comptent parmi les plus importantes
au monde.
Une population hautement
scolarisée
Plus de 76% de la population du Québec détient
un diplôme de niveau secondaire et près
de 12% a décroché un diplôme universitaire.
Cette proportion de diplômés universitaires
se compare très favorablement aux taux observés
dans les pays en tête de lice sur ce plan : 10%
en Finlande, 7% en Belgique et en Australie, 6% en Italie.
Avec ses 7,4 millions d'habitants, le Québec
est plus populeux que120 pays qui siègent à
l'ONU.
Une économie moderne et compétitive
En terme de capacité économique, le Québec
se compare également de façon très
favorable à plusieurs pays européens prospères,
tels la Finlande, la Norvège, le Danemark, la
Suisse, l'Autriche et la Suède. Son produit intérieur
brut dépasse les 188 milliards $ et son PIB par
habitant surpasse de 6% la moyenne des pays de l'OCDE.
Très bien situé géographiquement,
le Québec se trouve à proximité
du plus grand marché mondial. Dans un rayon de
1000 km de Montréal, on peut compter sur un marché
de plus de 100 millions de consommateurs.

1) Notre nation n'atteindra
son plein essor que si elle acquiert une véritable
liberté politique.
Toute nation libre se gouverne elle-même, selon
la Loi fondamentale que se sont donnée ses citoyens
et ses citoyennes et non sous la tutelle d'une constitution
imposée. C'est là la condition nécessaire
au développement et à l'épanouissement
de toute nation : choisir sa propre constitution et
établir librement et démocratiquement,
sur cette base, les lois qui baliseront et assureront
son développement. Cette situation de normalité,
quoiqu'en disent les tenants de l'option canadienne,
n'est pas celle du Québec d'aujourd'hui au sein
du Canada.
Résultante d'une évolution géopolitique
bien particulière et dont le Québec n'a
jamais pu maîtriser le cours, le statut de province
a fait du peuple québécois un groupe minoritaire
sur le plan politique. Avant1840, le Québec constituait
une des deux entités du Canada. Il devient, en
1867, l'une de ses quatre provinces, puis, graduellement,
au cours des décennies suivantes, l'une de ses
dix provinces. Par la seule loi du nombre, le Québec,
unique nation francophone en Amérique, va être
soumis, pendant plus de cent trente ans et à
de multiples occasions, à des forces d'unification
et d'uniformisation venant de la capitale fédérale.
Ces forces ont pour objectif et pour effet de transformer
graduellement le statut d'État national du Québec
en celui d'une administration régionale.
En plus de cette réductrice condition de partenaire
minoritaire au sein du régime constitutionnel
canadien, le Québec est condamné à
voir diminuer sa capacité d'influencer les décisions
importantes qui le concernent, et cela en raison de
l'inéluctable affaiblissement de son poids démographique.
Ce facteur revêt une importance capitale à
l'aube du 21e siècle (de 50% qu'elle était
en 1850 et de 35% en 1867, sa députation au sein
du Parlement central approchera les 20% en 2020). Tout
cela dans un contexte où l'identité canadienne
et l'identité québécoise développent
de plus en plus des visions divergentes sur des aspects
fondamentaux de la vie nationale. Ce climat de divergence,
pour ne pas dire d'affrontement, est néfaste
et préjudiciable aux deux communautés
nationales du Canada actuel.
2) Nous ne pourrons développer
pleinement notre potentiel économique et social
que lorsque nous serons dotés de l'ensemble de
nos outils, leviers et ressources financières.
En accédant à la souveraineté,
le Québec récupérera la totalité
des taxes et des impôts actuellement perçus
par le gouvernement fédéral, soit quelque
33 milliards $ annuellement. Finis les débats
stériles sur le déséquilibre fiscal,
finis les humiliants pèlerinages annuels à
Ottawa pour quêter notre propre argent. Fort de
ces nouvelles compétences et de ces nouvelles
ressources financières, le Québec pourra
revoir l'ensemble de son régime fiscal et décider
librement de ses priorités budgétaires.
Actuellement, le Québec ne dispose que d'une
partie des pouvoirs qui lui sont nécessaires
pour assurer pleinement ses responsabilités en
matière de développement. Cette situation
s'explique par le fait que le système économique
canadien est bâti en fonction d'un axe est-ouest.
Pour ce faire, on avait dès le départ
concentré au sein du Parlement d'Ottawa les pouvoirs
les plus importants et les plus stratégiques
: gestion monétaire, législation bancaire,
commerce extérieur, commerce inter-provincial.
De surcroît, cette répartition ne s'avéra
finalement qu'un point de départ pour ce gouvernement.
Au fil des ans, il s'est accaparé tous les nouveaux
secteurs d'activité dont le développement
scientifique a permis l'émergence d'un océan
à l'autre : aéronautique, radiodiffusion,
télédiffusion, cablo-diffusion, énergie
nucléaire, etc. Enfin, sous le prétexte
de la conjoncture internationale et surtout de l'intérêt
national, le fédéral est entré
en maître dans le champ de l'impôt sur le
revenu. Par son pouvoir
de dépenser, il envahit maintenant
les juridictions que la constitution canadienne avait
réservées au Québec (santé,
éducation, municipalités).
3) Nous avons besoin du rapport de force que procure
la souveraineté pour consolider et faire prospérer
notre identité culturelle en terre d'Amérique.
L'existence en Amérique du Nord d'une nation
de langue française de plus de sept millions
d'habitants est un phénomène unique et
fascinant. Mais cette réalité est en même
temps très fragile. L'histoire nous apprend que
l'avenir appartient aux peuples majoritaires et que
les minorités sont, le plus souvent, condamnées
à vivoter ou à disparaître. La seule
façon d'assurer la continuité et la prospérité
culturelle de la nation québécoise, dont
la langue française est l'élément
fondamental, c'est de faire en sorte qu'elle devienne
majoritaire dans son propre pays, qu'elle accède
à la souveraineté.
Le Québec est le seul territoire d'Amérique
où la langue et la culture française reposent
encore sur des assises suffisamment solides pour ne
pas régresser. Partout ailleurs au Canada, l'irrésistible
mouvement d'assimilation a causé et continue
de causer des ravages incessants et irréparables.
Dans certaines provinces, ils désolent par leur
ampleur : par exemple, prépondérants au
Manitoba à l'entrée de ce territoire dans
la Confédération en 1870, les francophones
représentent maintenant moins de 2% de la population.
Plus de deux décennies après l'adoption
de la Charte de la langue française, la situation
du français demeure encore fragile sur l'île
de Montréal qui accueille à elle seule
plus de 90% des nouveaux arrivants au Québec.
Conçues explicitement pour assurer aux francophones
du Québec une plus grande protection et une maîtrise
de leur culture, certaines dispositions de cette Charte
ont été successivement invalidées
par les tribunaux au cours des années, dans la
mesure où elles contrevenaient à la Loi
fédérale de 1982 et à la Charte
canadienne des droits et des libertés.
À l'aube de ce nouveau siècle, alors
qu'on assiste à des mouvements de population
sans précédents, il y a urgence que le
Québec soit clairement identifié comme
une terre de langue et de culture françaises
et que son gouvernement puisse assurer à cette
langue et à cette culture toute la protection
et les ressources essentielles à leur plein épanouissement.
4) La souveraineté
pour que notre nation participe pleinement, comme elle
le mérite, à la communauté internationale
et puisse y défendre nos intérêts.
La souveraineté pour la nation québécoise,
c'est la capacité de se retrouver sur le même
pied que les autres nations du monde et de transiger
avec elles, sans tutelle, sans intermédiaire.
Dans cet univers hautement stratégique des relations
internationales, le Québec est actuellement confiné
aux seuls domaines que lui concède la Constitution
canadienne en raison de son statut de province. Et le
tout se fait sous haute surveillance. Pourtant une grande
partie du devenir individuel et collectif des Québécois
se joue maintenant sur le nouveau terrain de la mondialisation.
En devenant un pays et en étant reconnu comme
tel par la communauté internationale, le Québec
acquerra enfin la liberté d'agir directement
sur la scène internationale, il pourra gérer
librement l'ensemble des relations qu'il souhaite établir
avec les autres pays, il pourra conclure toute forme
d'accord ou de traité avec d'autres États
et participer aux organisations internationales existantes.
En dépit du caractère émotif du
débat et des divergences qui opposent le Québec
et le Canada, il importe de garder à l'esprit
qu'il subsiste au sein de leur population respective
un désir et une capacité de résoudre
de façon intelligente leurs différends
politiques. Ces deux communautés nationales ont
en effet développé une longue tradition
démocratique qui compte parmi les plus anciennes
et les plus solidement enracinées du monde occidental.
Cette tradition est inscrite dans le droit constitutionnel
qui régit de part et d'autre nos comportements
politiques. Dans son important avis du 20 août
1998, la Cour suprême du Canada affirme qu'un
vote qui aboutirait à une majorité claire
en faveur de la souveraineté, en réponse
à une question claire, conférerait au
projet souverainiste une légitimité démocratique
que tous les autres participants à la Confédération
auraient l'obligation de reconnaître.
C'est dans ce même esprit démocratique
que tous les gouvernements québécois ont
formulé, depuis plus de deux siècles,
les engagements fermes de maintenir les droits linguistiques
de la minorité anglophone implantée au
Québec. Même engagement en ce qui concerne
les nations autochtones. Les récentes actions
gouvernementales le montrent très bien.
Ce même esprit démocratique et hautement
civilisé présidera aux réflexions
du Conseil de la Souveraineté du Québec.
Il éclairera et orientera ses prises de positions
ou déclarations publiques et il inspirera ses
opérations de promotion de la souveraineté
auprès de notre population.
Le Conseil de la souveraineté du Québec
est un organisme sans but lucratif et indépendant.
Il a pour mandat d'informer la population du Québec
des fondements et des avantages de se donner un pays.
Il lance aujourd'hui un appel à tous et à
toutes, en particulier aux plus jeunes, sur qui repose
davantage l'avenir du Québec, afin que notre
cheminement nous conduise inéluctablement et
heureusement à la souveraineté.
Il faut participer aux activités d'information
et de mobilisation du Conseil. Il faut investir à
nouveau les formations politiques et les organismes
de son milieu. C'est avec la plus grande fierté
et en faisant briller les espoirs permis par la souveraineté
qu'il faut en faire la promotion auprès de tous
ses proches.
"
Le temps nous presse, nous avons un travail à
finir "
(Gilles Vigneault).

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