«La mémoire usurpée»

19 janvier 2009

Par Gérald Larose

Président du Conseil de la souveraineté du Québec

Nous le devinions. Nous avions soulevé quelques interrogations. Il ne fallait surtout pas jouer les « casseux de party »! Il y a bien eu quelques couacs. Mais, finalement nous y sommes allés. En revenant un peu gênés. Cette fête était bizarre! Une impression de passer à côté de l’essentiel. Le dernier numéro de L’Action nationale (volume XCVIII, numéros 9 et 10, novembre et décembre 2008)nous livre un dossier  percutant sur le hold-up fédéraliste des fêtes du 400e de la ville de Québec. « La mémoire usurpée » est à lire d’un couvert à l’autre. On y apprend comment, concrètement, avec la complicité de ses inconditionnels, le Canada s’y est pris pour s’écrire à nouveau un bout d’histoire  en travestissant celle du Québec. Il a contrôlé l’organisation. Il a mis le fric. Il a fourni les espaces physiques. Il a géré l’interface internationale. Tous les référents identitaires (drapeaux, couleurs, symboles) de la nation québécoise ont été écartés. Le premier objectif était que le Québec oubliât de fêter sa naissance. Objectif atteint. Une ville fut fêtée. Non une nation. Ni même une capitale! Dossier à lire absolument sous la plume des auteurs Jacques Beaumier, Gaston Deschênes, Marcel Junius, Pierre-Paul Sénéchal, Michel Lessard et Francine Lavoie.

Le « nouveau Charest » et la désaffection civique

11 décembre 2008

Par Gérald Larose

Président du Conseil de la souveraineté du Québec

Une courte majorité. Mais une épaisse couche de cynisme. De toute son existence, le Québec n’aura jamais si peu voté. Jean Charest se maintient au pouvoir avec l’appui de moins de 25% des électeurs. Le pire score de toute l’Amérique du Nord. Pire que celui des Américains ! Un record de désaffection civique. Une magistrale régression démocratique.

Comment en sommes-nous venus là ? Une addition de facteurs. D’abord, la répétition abusive du processus. Usant ! Aussi l’instrumentalisation strictement partisane de l’exercice à la seule fin d’incruster son pouvoir. Dégradant. Tertio. Le formatage du message comme des publicités répétées. Abrutissant ! Quarto. Le tout sur fond de combat de coqs. Abêtissant ! Plus grave encore, des politiciens savaient qu’ils allaient trouver leur compte dans la dépolitisation du processus démocratique. Navrant ! J’ai nommé Jean Charest.

Cette élection n’avait pas lieu d’être. Le peuple le savait. Il l’a dit. On s’est foutu de sa gueule. Il s’est foutu de la gueule des politiciens. On lui a dit qu’il y avait une récession MONDIALE et qu’une tempête terrible allait s’abattre. Aucun plan, aucun chiffre. Plutôt des millions et des milliards. Et, dans un type d’État sans grands pouvoirs, ni ressources significatives, ni accès aux forums où s’élaborent les solutions durables. Quand c’est MONDIAL, ce n’est pas provincial; ça regarde Ottawa. Quand c’est l’économie, ce ne sont pas les services; ça le regarde aussi. D’ailleurs, en pleine campagne électorale québécoise, les manifestants interpellaient Harper, pas Charest. D’autant plus que lui-même s’échinait à ignorer le seul instrument de développement économique qu’il avait à sa portée, la Caisse de dépôt et placement, dont il ne voulait, pour rien au monde, entendre parler. Alors l’économie ? C’était pour faire semblant ! Le peuple l’a vite su. Il a haussé les épaules et détourné la tête.

Mais il y avait aussi un « nouveau Charest », lui a-t-on dit. Packagé et vendu comme un nouveau produit « plus authentique », « moins arrogant », « rassembleur ». Résultat de travaux de focus groups et de données de sondages, le nouveau « produit Charest » fut mis en marché comme le sont les nouvelles savonnettes, dans des contextes parfaitement contrôlés. Sans retour. Sans débat. Le message s’adressait aux consommateurs. Les citoyens, eux, sont restés chez eux.

Et ce produit était maintenant québécois ! Il a planté Harper (oui, délicatement !). Il a défendu le Bloc (oui, avec hésitations). Il a fait appel aux votes souverainistes (oui, en se pinçant les lèvres). Et maintenant il rêve d’une « stature » internationale pour le Québec (oui, pour faire oublier que la question de son statut en est la condition première !). Il a parlé avec monsieur Sarkozy (oui, entre deux avions). Etc.

« Il y a bel et bien une « révolution Charest » », nous affirme Patrice Servant, son principal rédacteur de discours, dans La Presse du 11 décembre dernier, en nous assurant qu’il est maintenant « pleinement et en son âme et conscience, premier ministre du Québec ». Ah oui ! Et non plus « Captain Canada » ? Qui l’a cru ? Il est vrai que le Québec est habitué aux belles phrases. Elles jalonnent son histoire. Même monsieur Harper, naguère, en a eu des jolies à son endroit. Y aurait-il des surprises à en entendre de la bouche de monsieur Charest ? Peut-être pas. Est-ce suffisant pour aller voter ? Assurément non.

N’aide pas, la dérive médiatique de plus en plus prononcée à couvrir les campagnes électorales davantage comme des combats de coqs que comme des choix de société à débattre et à faire. On nous dit tout des politiciens. Très peu des politiques. Tout des coulisses. Très peu des enjeux. Nous sommes au spectacle ! La presse elle-même y détenant un grand rôle avec ses unes et ses scoops pas toujours dépourvus d’intérêt, y compris pécuniaires. Et nous ? Toujours consommateurs. Très peu citoyens.

La démocratie est une construction permanente. Le processus électoral en est une modalité délicate. Cette fois-ci, au Québec en décembre comme au Canada en octobre, elle a été détournée de sa finalité par opportunisme, électoralisme et partisannerie crasse. Résultats ? Abstentionnisme record, cynisme et dépolitisation qui sont de puissants ingrédients d’une démocratie musclée ou d’une gouvernance autoritaire. En 2008, il devrait être permis de rêver à des objectifs autres que ceux de battre les records de Maurice Duplessis ?

«La baloune a pété», m’a confié mon voisin

4 décembre 2008

Par Gérald Larose, président

Qu’ils sont beaux à voir tous vociférant, hurlant, applaudissant et dégobillant sur les odieux Québécois « séparatistes ». Les mêmes si sirupeux à les flatter dans le sens du poil pour gagner leur vote en campagne électorale. « La baloune a pété », m’a confié mon voisin qui s’était laissé convaincre de leur donner une chance. « Heureusement qu’ils sont restés minoritaires. Je ne pensais pas qu’ils étaient de même. On en aurait mangé toute une! »

Idem au Québec. Charest majoritaire? On connaît : Suroît, écoles juives, Mont Orford, interdiction de syndicalisation des femmes dans le secteur de la garde à domicile, etc. Minoritaire?  Il est devenu tout doux, à l’écoute, moins brusque, mais servant toujours les mêmes intérêts fédéralistes et les mêmes intérêts d’argent.

Un « pensez-y bien » avant de voter libéral. Charest et Harper : même farine. Ils n’avaient pas besoin de déclencher les élections. Ils l’ont fait par opportunisme. Tous les deux ont tenu des discours auxquels ils ne croyaient même pas. Par pur électoralisme. Ils ont abondamment abusé de la bonne foi des électeurs et des électrices. Par pur cynisme. Résultat net? Ils ont sévèrement amoché la qualité de notre vie démocratique. Malheureusement, un taux anormalement faible du vote le confirmera au Québec comme il en fut au Canada. Faudrait-il qu’ils en soient récompensés pour autant? Souhaitons que non.

Show de boucane! Entrez! Entrez!

26 novembre 2008

par Gérald Larose
Président du Conseil de la souveraineté du Québec

Les yeux tout écarquillés, Pauline Marois et Mario Dumont se sont littéralement esclaffés en voyant Jean Charest se barrer les pieds dans le rodage de l’un de ses prochains shows de boucane. Maîtrisant mal sa nouvelle cassette, Charest s’empêtra dans la stature, la statue et le statut pour, au sortir, essayer de nous faire comprendre que l’avenir du Québec ne tenait pas à la qualité de son statut (de pays) mais à celle de sa stature (internationale). Occultant au passage et de façon délibérée que l’une est la condition de l’autre.

Jean Charest et le camp fédéraliste sont passés maîtres dans la prestidigitation des mots. Sa tentative cloche-pied clôturait d’ailleurs une tirade de motsvalises qui, balancés sur la place publique, font encore effet… de leurre. L’UNESCO. Un recul magistral du Québec qui a cédé sa primauté dans son propre champ de compétence pour la présence d’un fonctionnaire qui aura le droit de dire la même chose que le Canada. La reconnaissance bidon de la NATION! Qui n’entraîne aucun changement structurel ni constitutionnel. Le fédéralisme ASYMÉTRIQUE! Un mot utilisé une seule fois dans un communiqué de presse. Jamais repris ailleurs que dans des discours politiques et partisans. Et dans un champ de compétence exclusif du Québec, la santé. Et qui se résume à signifier que le Québec a signé sur une feuille séparée la même entente que celle conclue et signée de manière regroupée par les autres provinces du Canada. Le CONSEIL DE LA FÉDÉRATION! Rien d’autre que le vieux club des premiers ministres subalternes se réunissant plus systématiquement … pour se plaindre. Etc.

Ils sont forts ces fédéralistes pour manier les mots et créer des impressions de changement afin de s’assurer que rien ne bouge sur le fond des choses. Au débat des chefs, Charest a peut-être trébuché. Mais le show de boucane est annoncé. À l’affiche, la statue du Québec (en lieu et place du Pays du Québec). Entrez! Entrez! Sinon, Votez! Votez!

Voter pour punir

25 novembre 2008

Par Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté du Québec

Cette campagne ne devait pas avoir lieu. Le parti libéral trônait à l’Assemblée nationale. L’ADQ n’était que l’ombre d’elle-même. Le PQ était en réorganisation. Personne ne menaçait personne. Le peuple québécois venait de se farcir l’élection fédérale. Il avait suivi avec attention l’élection américaine. Il voulait prendre un peu de distance. Se reposer de la joute partisane. Voir venir un peu. Que non! Charest y a vu une extraordinaire occasion de profiter de ce temps mort pour se gagner une majorité à même l’écœurement, la désaffection  et le cynisme de la population.

Voilà pourquoi, dès son lancement, cette campagne a piqué du nez. Et elle n’a jamais levé car l’enjeu identifié par celui-là même qui l’a déclenchée est hors de portée. Personne ne croit que c’est une province qui peut venir à bout d’une crise de l’ordre de celle qu’on nous annonce. Où sont les leviers? Où sont les ressources? Qui gère les relations? Quels sont les forums? Qui y participe? Le Québec est loin de ce trafic comme le sont toutes les provinces du Canada ou du monde. La régulation internationale est affaire de pays comme l’est la conduite des affaires économiques dans des contextes de graves tourmentes nationales. Et, curieusement, le gouvernement du pays auquel le Québec appartient vient de préciser que dans la gestion de cette crise il ne se passerait rien avant l’annonce du budget.

Au Québec, le temps d’une campagne « provinciale », les politiciens libéraux font semblant de s’exciter sur l’économie. Le peuple a la conviction intime que l’on rit de lui. Parce que c’est dans un pays, le Canada, que les choses sérieuses se passent. Parce qu’en plus, dans ce pays, ça se passera uniquement dans trois mois. Et qu’en bout de ligne, ça se passera en fonction de ses intérêts économiques. Le reste c’est de la “broue”. « Cessez de nous écœurer! » Il existe donc une tentation énorme de faire un bras d’honneur au processus électoral lui-même. Très malheureusement, ce serait donner raison à Jean Charest. Il ne le faut pas. Résistons. Levons-nous. Et allons voter pour punir celui-là même qui nous a lancés sur ce mur.

 

Signer un « contrat moral » : une autre patente !

3 novembre 2008

Par Gérald Larose 

Président Conseil de la souveraineté du Québec

Mettre la table! Une subvention ici. Une annonce de politique là. Presser le pas pour déclencher les élections. C’est dans ce contexte que madame James, ministre de l’Immigration du Québec, a annoncé l’intention de son ministère de faire signer un contrat moral à celles et ceux qui souhaiteraient immigrer chez nous. En guise de suite au rapport Bouchard-Taylor. La méthode est douteuse. Le contenu, suspect.  Le résultat nul, prévisible. Par contre l’objectif est clair : leurrer. 

Pendant un an, le Québec s’est astreint à un débat de société d’une rare qualité démocratique. Le rapport qui en émergea fut nettement en deça des attentes exprimées. Les contredisant même, en déclinant habilement en territoire québécois la vision canadienne du multiculturalisme. Cependant, cela étant, le rapport méritait que les élus s’en emparent. Nullement. À la veille d’une élection qu’il déclenchera lui-même, le gouvernement libéral tente plutôt d’enterrer définitivement ce rapport par une proposition de « contrat moral » qui jette sur l’ensemble des candidats à l’immigration le soupçon que, d’entrée de jeu, ils ne sont pas au diapason des valeurs et des pratiques du Québec. Et le Canada d’embrayer à nouveau pour dégobiller sur le  Québec. « Voyez comme ils sont racistes! »

Partout dans le monde, les nouveaux arrivants s’intègrent à des pays et non pas à des provinces. Le Québec n’est pas un pays. Pour favoriser l’intégration, bien que province, il fait des efforts. Parfois colossaux. Au chapitre de la langue notamment, avec la Charte de la langue française. En dépit de cet investissement, force est de constater qu’il n’a pas encore réussi à franchir la barre des 50% dans l’intégration en français des personnes qui n’ont pas cette langue comme langue d’origine. Alors qu’au Canada, ça se fait en anglais dans 99,7% des cas!  Faut-il en dire plus? La proposition d’un « contrat moral », c’est pour faire semblant. C’est pour leurrer. Le véritable enjeu de l’avenir du peuple québécois est sa structure politique autonome. C’est lorsque le Québec sera un pays que celles et ceux qui viendront le rejoindre sauront qu’il sera là pour toujours et qu’il vaut mieux s’y intégrer totalement.

 

Des menteurs et des valises!

24 octobre 2008

Par Gérald Larose, président

Reconnaissance de la nation québécoise, un siège du Québec à l’UNESCO, règlement du déséquilibre fiscal, fédéralisme d’ouverture, etc. Ou bien le disque conservateur s’est enrayé, ou bien c’est une tentative d’intoxication, ou bien c’est une gigantesque fumisterie. Qu’y a-t-il derrière les mots?

Reconnaissance de la nation québécoise? Qu’y a-t-il de changé dans les papiers (constitution, lois, règlements, etc.)? Rien. Qu’y a-t-il de changé dans les pratiques gouvernementales fédérales (préséance de la Charte de la langue française, intégration des immigrants, représentation exclusive du Québec par lui-même, etc.)? Rien.

Un siège du Québec à l’UNESCO? Consultez le site de l’UNESCO et vous vous verrez que le Québec n’y figure pas.

Déséquilibre fiscal? Y a-t-il eu un réaménagement des sources de revenus entre le fédéral et le Québec? Le quémandage du gouvernement du Québec a-t-il cessé? Au contraire. Pas plus tard que vendredi dernier, le premier ministre du Québec rééditait encore la traditionnelle démarche de quête envers Ottawa. Cette fois-ci en matière de culture, compétence québécoise s’il en est une!

Fédéralisme d’ouverture? A part les mots? Rien que des mots! Toujours les mêmes! Comme disait la chanson. Et surtout, aucune conséquence! Alors, il nous faut conclure que ces gens sont des menteurs. Ils annoncent mais savent qu’ils ne livreront pas la marchandise. Car la population canadienne est foncièrement contre (à 72%) toute reconnaissance et traitement particulier du Québec. Ils sont menteurs et prennent les Québécoises et les Québécois pour des valises.

Sarkozy ! À compter parmi les ennemis du Québec

23 octobre 2008

Par Gérald Larose, président

À compter parmi les ennemis du Québec. Nous n’avons pas mal compris. Bien qu’emberlificoté son message était clair. Il n’allait pas s’embarrasser du Québec dans l’atlantisation de la France. Pour compter devant l’histoire, Sarkozy a pour projet de liquider l’héritage gaulliste en éliminant l’exception française en terre européenne, en se rapprochant des États-Unis d’Amérique, en réintégrant politiquement le commandement de l’OTAN et en éliminant tous les irritants dans ses rapports avec tous les Grands du G8, dont le Canada. Le rangement sarkoziste de la France dans la maison de plus en plus lézardée de la famille néolibérale, s’il devait réussir, se ferait avec des sacrifices, dont celui du Québec.

Nous avons le droit d’être déçus ! Mais pas surpris. On devinait cette orientation depuis sa propre campagne présidentielle où il ne s’est commis en rien sur la francophonie et le Québec. Puis, suivit le ballon d’essai dans les medias sur l’abandon de la politique du « ni-ni » que complétèrent ses dialogues complices avec la représentante au Canada de la Reine d’Angleterre, travestie, pour l’occasion, en descendante de Samuel de Champlain. La créature politique française de Paul Desmarais livre la marchandise. 

Est-ce la fin des haricots ? Pas plus que le « Vivre le Québec libre » n’en fut le début. Le général de Gaulle a coiffé et planétarisé le mouvement social portant le projet de l’indépendance du Québec. Il ne l’a pas créé. Encore aujourd’hui les Québécois et les Québécoises demeurent seuls responsables de la poursuite de ce projet. Le faisant, ils forceront le Canada, la France et toutes les nations à respecter le droit des peuples à l’autodétermination qu’ils ont signé dans un texte fondamental des Nations unies et qu’ils ont fait appliquer très récemment tant au Monténégro qu’au Kosovo. Il en serait autrement pour le Québec qui économiquement, socialement et institutionnellement est 95 fois mieux équipé qu’eux ? Le croire serait un défi énorme à la raison.

Parce qu’ils sont les meilleurs!

18 octobre 2008

Par Gérald Larose

Président du Conseil de la souveraineté du Québec

Faut-il chercher très loin les explications à la victoire du Bloc ? Peut-être pas. Essentiellement quatre raisons. D’abord, l’équipe. D’une qualité remarquable. Il y avait 50 fois plus de ministrables dans le Bloc que chez les conservateurs et les libéraux. Ensuite le programme. D’une clarté aveuglante : empêcher le « bushisme » canadien de s’appliquer au Québec en élisant le maximum de personnes n’ayant qu’une seule allégeance, qu’une seule loyauté et qu’un seul intérêt, celui du Québec. Troisièmement, l’éthique. Parler franc en dépistant les mensonges. Se porter à la défense du Québec, de ses valeurs et de ses pratiques, tout en ne recherchant pas le pouvoir. Enfin, le leadership. Expérimenté, cohérent et rassembleur. Ils ont gagné tout simplement parce qu’ils étaient les meilleurs !

Ils ont  gagné surtout parce qu’ils poursuivent la tendance lourde de l’histoire moderne du Québec. En 1982, le Canada déchirait le pacte confédératif. Il se dotait de nouveaux textes fondateurs excluant explicitement le Québec en le spoliant de pouvoirs qui appartenaient à son Assemblée nationale. Plus tard, des hommes braves ont tenté sans succès de corriger l’affront historique. A nouveau, le Canada a dit non.  Ça s’est appelé Meech. Alors le Québec a compris que son avenir n’était plus de ce côté.

Et le Bloc a été créé. D’abord pour rapatrier au Québec toute la légitimité politique de la représentation démocratique. Il s’agissait d’empêcher une majorité d’individus d’un parti politique fédéraliste de se servir de la légitimité démocratique d’élus pour enfoncer le Québec au profit des intérêts du Canada. Puis pour construire patiemment les fondamentaux de la souveraineté du Québec. Ainsi, depuis 18 ans, une rupture tranquille s’opère. Le Québec délaisse le centre de décision canadien. Il se campe dans la promotion de ses intérêts. Il prépare le terrain pour une autonomisation complète de son destin. Le résultat électoral de 2008 le confirme. Pour la neuvième fois, il a élu une immense majorité de députés, les deux-tiers pour être précis, pour porter son projet. Comme au hockey, il s’est constitué une formidable équipe de défenseurs pour permettre au reste de l’équipe de passer à l’offensive et remporter la victoire.

Merci à chacun et à chacune de tenir leur position. Nos vœux de courage et de détermination les accompagnent. Et bientôt se jouera la coupe Québec ! Et nous ferons la fête !

P.S. Bloc: 38.1% du vote populaire et présent dans toutes les régions du Québec. Conservateurs: 37.6% du vote populaire et absent des grandes villes du Canada. Encore une fois, et cela depuis 18 ans, la force représentative du Bloc en territoire québécois est supérieure à celle du parti qui exerce l’autorité gouvernementale en territoire canadien. Est-il permis d’ajouter que le NPD n’a jamais fait élire sur l’ensemble du territoire canadien autant de députés que le minimum que le Bloc a fait élire dans toute son histoire à partir du seul territoire québécois ? Il nous semble qu’avant de contester la force représentative du Bloc, il faudrait méditer un peu ! Non ?

Les intérêts du Québec au Canada ou les intérêts du Canada au Québec

6 octobre 2008

Par Gérald Larose, président


Nous les lisons. Nous les entendons. Nous les « télévoyons ». Ils ont d’énormes points d’interrogation dans les yeux!  Des commentateurs et des commentatrices n’arrivent pas ou feignent de ne pas arriver à  trouver de sens au vote que le Québec s’apprête à donner le 14 octobre. « Et ça fait 18 ans que ça dure! »

Ce sont précisément ces 18 ans qui donnent à ce vote tout son sens. Pendant 40 ans, le peuple québécois s’est époumoné à revendiquer son autonomie, sa démocratie, sa liberté. Pendant 30 ans, avec des députations québécoises fédéralistes quasi monopolistes (les libéraux de Trudeau détenaient 74 des 75 circonscriptions électorales du Québec au moment du coup fourré de la constitution de 82), s’est abattue sur le Québec une pluie de coups fourrés et de législations structurantes qui ont pour objectif de construire le Canada pour y intégrer de force le Québec. Il suffit de rappeler la loi canadienne sur les langues officielles de 1969 de Trudeau visant à enterrer le rapport Laurendeau-Dunton; la loi des mesures de guerre pour intimider les mouvements souverainistes; les mensonges de la campagne référendaire de 1980 (les têtes sur le billot) pour leurrer la population; la Constitution de 1982, coup d’État constitutionnel qu’aucun gouvernement québécois n’a reconnu; les coupures draconniennes de 1994 dans les transferts du fédéral et le vol de caisse d’assurance-chômage qui ont fait voler en éclat l’équilibre fiscal du Québec; l’invasion systématique des compétences du Québec; le Clarty Bill déniant au Québec son droit à l’autodétermination; la tentative d’achat de l’identité québécoise par les campagnes massives et mafieuses des commandites; etc. Curieusement, ces opérations ont toutes été conçues et exécutées par des Québécois et des Québécoises élus pour exercer le pouvoir à Ottawa.

Se peut-il que nous ayons compris que les Québécois et les Québécoises qui cherchent à se faire élire pour exercer le pouvoir fédéral l’exercent non pas pour défendre les intérêts du Québec au Canada, mais les intérêts du Canada au Québec? Se peut-il que nous ayons compris que, dans notre quête d’autonomie, de démocratie et de liberté, nous serions bien avisés de priver au maximum les adversaires du Québec de légitimité politique? C’est le sens du vote pour le Bloc québécois. Engagée depuis 18 ans, cette voie consciente du non-pouvoir ailleurs pour constituer l’espace du vrai pouvoir ici est extraordinairement signifiante. Merci à ces hommes et ces femmes disponibles pour participer non pas à l’exercice du pouvoir du Canada mais bien à la construction du pays du Québec. Nous sommes confiants. Le Québec sera encore au rendez-vous.